Le groupe tarbais Boulevard des Airs revient avec Je rentre à la maison, sixième album pop, folk et electro accueillant un nouveau membre. Rencontre avec Florent Dasque, chanteur et guitariste emblématique. # Julia Percheron
Vous avez co-fondé Boulevard des Airs en 2004, avec Sylvain Duthu. En 2024, il se lance dans une carrière solo et vous proposez à Eyal de lui succéder comme chanteur. Comment cette passation s’est-elle opérée ? Eyal était dans notre entourage depuis des années, donc ça s’est fait très naturellement. Nous avions déjà chanté ensemble, il n’est pas inconnu au collectif. Pour l’anecdote, c’est aussi une des premières personnes à qui nous faisions écouter nos maquettes. Sur cet opus, nous retrouvons Jérémy au piano, Jean-Noël à la guitare, Laurent à la basse, Chacha et Jean-Baptiste à la batterie et Manu à la trompette. Je rentre à la maison est plus mûr, nous nous sommes inspirés de ce qui se passe dans nos vies, de ce qui nous interpelle, et c’est d’ailleurs pour cette raison que ce disque est porté par un projet national à destination de la jeunesse.
Vous parlez du titre éponyme, réalisé en collaboration avec l’Éducation nationale… C’est un projet gratuit, sans inscription, qui vise les écoles, mais pas seulement. N’importe quelle association qui lutterait contre le harcèlement ou le décrochage scolaire peut participer. Le but est de parler aux jeunes à travers la musique. Un formulaire est à remplir sur notre site. À l’issue des ateliers proposés, nous allons à leur rencontre et, plus tard dans l’année, des enfants viendront avec nous à l’Olympia [pour présenter ce sur quoi ils ont travaillé, NDLR]. Il n’est pas trop tard pour que d’autres intéressés puissent s’y mettre.
Parmi les 13 titres du disque, citons l’émouvant Un peu de nous, dont l’introduction au piano peut faire penser à It’s on again d’Alicia Keys. De quoi traite-t-il ? Il relate du sentiment que l’on peut avoir quand on est accompagnant d’une personne gravement malade. C’est une histoire très personnelle. Dans ce genre de situation, on est partagé entre l’impuissance, la culpabilité… Il n’y a pas de rapport avec la chanson d’Alicia Keys, mais ce plan de piano, bien qu’il puisse être assez commun, instaure une ambiance solennelle et permet de dérouler un récit plus frontal.
Trois duos émaillent aussi cet opus : une ambiance pop et electro avec L.E.J (Regarde-moi), une parenthèse rap et latina avec Carbonne (C’est pas si facile) et du slam ultra poétique avec Lémofil (Ô mon amour). Pourquoi avoir pensé à ces artistes ? On connait les filles de L.E.J depuis dix ans, on les a découvertes avant le buzz qu’il y a eu autour d’elles. Quand on a fini d’écrire le texte, on s’est dit que l’on voulait des voix féminines, et elles ont accepté. Le morceau définit le sentiment enivrant qui arrive entre deux personnes qui s’aiment. Pour les deux autres chansons, les paroles ont été écrites avec eux. On les a découverts il y a peu. Carbonne vient du Sud, comme nous, il recherche l’éclectisme dans son travail en mélangeant rap et flamenco et, avec lui, on décrit la fin d’une relation compliquée. Lémofil est un artiste émergent. On adore son univers atypique, à la croisée des styles. Dans Ô mon amour, on croit que l’on parle d’amour, mais en fait, c’est une lettre ouverte à la planète que l’on malmène. J’invite les lecteurs à la réécouter pour s’en rendre compte [rires].
À la Cartonnerie (Reims) mercredi 28 janvier, à l’ED&N (Sausheim) jeudi 29 janvier, à L’Autre Canal (Nancy) vendredi 30 janvier et à den Atelier (Luxembourg) samedi 31 janvier cartonnerie.fr – eden-sausheim.com – lautrecanalnancy.fr – atelier.lu
Rap, chanson française et electro coulent à flots dans Millénium, troisième album engagé, dansant et fédérateur de Suzane.
Après Toï Toï(2020) et Caméo (2022), vous revoilà avec Millénium. Vous y dépeignez le monde tel que vous le voyez, sans détour. Dans quel état d’esprit étiez-vous pendant l’écriture ? Je me suis retrouvée dans une phase où beaucoup de choses avaient changé dans ma vie. Mon premier album a tout chamboulé, j’ai fait beaucoup de concerts et j’étais arrivée au stade où la scène m’avait recrachée. En passant du bruit au silence, j’avais besoin de retrouver l’essence de ma musique, seule sur mon canapé. À un moment donné, j’ai eu le choix entre déprimer ou retourner en studio et extérioriser mes doutes, mes angoisses, tout ce qui me nourrit et crée un vacarme dans mon esprit. J’aime cette sensation, mais c’est mieux de la transformer en lumière.
Votre univers à la croisée des styles charrie naturellement une instrumentation riche, notamment marquée par le piano… Je voulais absolument qu’il y en ait, car il relie tout le monde. C’est un pont entre la chanson française – on le retrouve sur des morceaux comme Virile ou À la vie –, le rap et la texture electro faite de synthés, gros kicks et logiciels. C’est donc une musique très physique, capable de faire lever une foule entière et servant d’exutoire au corps.
Le rappeur Youssoupha partage avec vous Plus que moi, prônant l’amour de soi et une approche féministe. Pourquoi avoir collaboré avec lui ? Il est dans ma playlist depuis quelques années, et bien que l’on ne soit pas de la même génération, je me reconnais dans ses textes. C’est un papa du rap, sa musique n’est pas uniquement là pour divertir, mais aussi pour dénoncer et alerter. Le feat s’est fait spontanément : nous avons tous les deux sorti un album cette année – sa chanson Dieu est grande, pensée pour sa fille, m’a beaucoup touchée –, il m’a félicitée d’avoir écrit et porté Je t’accuse [hymne abordant le sujet des viols et des féminicides et critiquant la justice, NDLR], mes meilleures amies aiment sa sensibilité… Travailler avec lui était dans ma to-do list, et il a décidé que ce serait maintenant [rires].
Malgré les difficultés recensées au fil du disque, l’espoir est omniprésent, notamment avec Marche ou rêve, qui l’ouvre, et À la vie, qui le clôt. Pour la première, j’ai eu comme la sensation qu’il était temps de regarder dans le rétro, de me retourner sur cette gamine de 17 ans que j’avais été, à qui l’on répétait que rien ne fonctionnerait jamais. J’aime insuffler de l’espoir aux jeunes, en particulier à ceux qui sont en décrochage scolaire, car j’ai toujours cette immense culpabilité de ne pas avoir coché cette case. À la vie est une chanson qui est arrivée très vite. Je me suis installée au piano durant la nuit et je ne sais pas d’où elle est sortie. Je me pose beaucoup de questions dans cet opus. Je voulais donc terminer par une ode à la vie, par cette envie féroce de vivre, même si je n’en comprends pas tout le sens.
À La Vapeur (Dijon) jeudi 4 décembre, à la Cartonnerie (Reims) jeudi 11 décembre, à La Rodia (Besançon) vendredi 12 décembre puis en 2026 à la BAM (Metz) vendredi 6 février et à La Laiterie (Strasbourg) vendredi 20 novembre lavapeur.com – cartonnerie.fr – larodia.com – citemusicale-metz.fr – artefact.org
Pour les 110 ans de la naissance de notre Édith nationale, Nathalie Lermitte porte une version revisitée du show mondial Piaf ! Le Spectacle.
En 2025, Piaf ! Le Spectacle rend hommage à « la môme », venue au monde le 19 décembre 1915. Il tourne toutefois depuis 2018 : c’était l’occasion de le remodeler ? Tout à fait ! On s’aperçoit qu’au-delà des anniversaires, Piaf est finalement célébrée tous les ans. Il y a plus d’impact quand il y a une date spéciale, évidemment, mais l’engouement et l’amour international pour cette femme sont tels que l’on n’a pas besoin de raison pour l’honorer. De petites choses ont été changées dans la mise en scène, un moment clé a été ajouté ainsi que pas mal de chansons qu’il me semblait essentiel de retrouver, notamment Les Trois Cloches et À quoi ça sert l’amour, le duo avec son mari Théo Sarapo. Puisque Théo n’est plus là aujourd’hui, je l’interprète d’une certaine façon… mais seule.
Le spectacle est une plongée dans son histoire et sa vie artistique. C’est un véritable voyage à travers ses chansons. Il y a deux parties : la première est davantage consacrée à ses débuts et à Montmartre, et ensuite, c’est plus flamboyant, avec une surprise dans le deuxième acte. Des photos inédites que l’on n’a jamais vues sont projetées, ainsi que des archives vocales. Piaf parle au public, au début, avec cette musicalité très particulière qu’elle avait dans la voix. Parmi tous ses titres, j’aime particulièrement interpréter Milord. La plupart des gens pensent que c’est une chanson joyeuse, mais c’est en fait l’une des plus tristes de son répertoire. Il y a tellement de choses à transmettre : le désespoir, l’espoir, la joie et en même temps un profond chagrin. En trois minutes, on passe par plein d’émotions, et j’adore ça.
En termes de décors et de costumes, à quoi le public doit-il s’attendre ? Les ambiances sont créées en fonction des morceaux et leur dramaturgie. Par exemple, dans Les Amants d’un jour, on est au milieu d’un café. Quant aux costumes, ce sont les miens – sauf la robe finale. Depuis 1997, j’interprète Piaf dans différentes productions et les réutilise. Je chéris particulièrement celle que je porte en premier, car elle m’a été offerte par Alain Delon. On s’est rencontrés à l’issue d’une des représentations de Piaf, une vie en rose et noir, le précédent spectacle. C’est une longue histoire ! C’est une robe fétiche, noire, toute simple, qui s’est retrouvée dans ma garde-robe car l’habilleuse avait oublié celle que je devais avoir dans un taxi !
Après toutes ces années passées à la côtoyer, quel regard portez-vous sur ce parcours ? Je le vis comme une bénédiction. Piaf, je lui dois énormément. Au tout début, il y a presque trente ans, quand on m’a proposé de reprendre son rôle (pour Piaf je t’aime, NDLR), j’avais dit non. Je traversais des choses difficiles, et je crois qu’elle m’a sauvé la vie. Toute sa carrière, elle a mis des choses essentielles, une émotion dans le cœur des gens. Nous ne faisons que la réveiller.
Benoît Quintard, directeur du Parc zoologique et botanique de Mulhouse depuis cet automne, nous embarque dans Horizon Afrique, nouvel espace qui ouvrira ses portes le 1er août.
D’une superficie d’un hectare et demi, Horizon Afrique va présenter près de soixante espèces emblématiques du parc, mais aussi inédites : girafes du Kordofan, hippopotames pygmées, crocodiles faux-gavial… À quoi cette zone va-t-elle ressembler ? Il y aura quatre bâtiments, répartis sur une surface qui représente 10% de la superficie globale. Le but est de mettre en avant des espèces de deux grands écosystèmes africains : la savane et la forêt tropicale de Haute-Guinée. Avant, cette zone n’était pas mise en valeur. Il y avait un pré, dans lequel des baudets du Poitou venaient pâturer l’été, et une volière qui devait être rénovée. Désormais, on retrouvera des oiseaux, des reptiles, des mygales, des amphibiens, des poissons endémiques menacés, et ce pour faire découvrir au public des animaux peu voire pas du tout présents au parc, comme les dipneustes africains, une espèce assez primitive dotée de poumons et devant donc remonter à la surface pour respirer. Le premier bâtiment abrite un aquarium cylindrique d’environ trois mètres de diamètre sur un mètre quatre-vingt de haut, ce qui permet de présenter dans un même endroit toute une variété d’animaux possédant différents systèmes respiratoires. Le visiteur pourra aussi voir le poisson léopard, qui a un drôle de labyrinthe sur le dessus de la tête.
Ce premier bâtiment accueille également toute une série de terrariums, mais pas que… Après l’aquarium, crapauds buffles, araignées, guêpes émeraude, vipères du Gabon, pythons de Seba ou lézards donnent en effet sur une autre partie, dédiée aux box intérieurs des girafes. Une sorte de grand ensemble vitré leur permettra de coévoluer et d’avoir des stimulations visuelles. Trois jeunes mâles girafes du Kordofan, originaires de deux autres parcs français, nous ont été envoyés. Il s’agit de l’espèce la plus menacée, classée en danger critique d’extinction. Nos pensionnaires proviennent principalement de zoos européens, avec lesquels nous développons des missions de conservation et programmes d’élevage. Par exemple, pour les girafes, nous travaillons avec un coordinateur en Allemagne qui, si nous nous en sortons bien, nous dira à quel moment on pourra passer à la reproduction.
Qu’en est-il des trois autres bâtiments ? Le second est une serre tropicale où se trouvent des hippopotames pygmées et autres crocodiles faux-gavial, mais aussi trois bassins avec amphibiens aquatiques et petits poissons, comme les très colorés killis. Une vingtaine d’espèces d’oiseaux y volent aussi librement, et on y trouvera des galagos, de tout petits primates. Les deux autres édifices, plus petits, sont attenants à des îles et hébergeront deux espèces de singes déjà présentes au parc, très menacées, auxquelles on offre un espace de vie et de bien-être deux à trois fois plus grand qu’avant : les primates cercopithèques de Hamlyn et Roloway.
Comment avez-vous choisi tous ces animaux ? Il fallait d’abord qu’ils représentent un intérêt en termes de préservation, dans un zoo ou sur le terrain. Ensuite, grâce à eux, nous voulions pouvoir transmettre un message pédagogique, susciter l’émotion et donner envie de les protéger, de les comprendre. Il est d’ailleurs toujours possible, pour le visiteur, de les parrainer.
Direction le Jardin des Papillons, à Hunawihr, où quelque 200 espèces évoluent librement autour du visiteur. Rencontre avec son fondateur, Martin Bueche.
Afrique, Asie, Amérique… Vos papillons viennent des quatre coins du monde. Comment est née l’idée de ce projet, implanté en Alsace ? Tout commence en 1988. J’étais horticulteur et un vrai mordu de papillons. En ouvrant le Jardin, avec ses deux grandes serres de 1 000 mètres carré, j’ai souhaité sensibiliser le public à la disparition des insectes polinisateurs. À leurs côtés, nous présentons également une colonie de fourmis champignonnistes originaires d’Amérique centrale, ainsi que des abeilles dans le jardin extérieur, sous un chapiteau dédié. Nous invitons aussi les visiteurs à découvrir le cycle de vie de ces bijoux de la nature, malheureusement en voie d’extinction. Ils peuvent ainsi assister à la naissance des papillons, tous les jours, entre 10h et 15h environ.
Quel est leur parcours avant d’arriver chez vous ? On dit qu’ils volent deux fois : d’abord en avion, sous forme de chrysalide, puis sous la serre ! Que ce soit au Brésil, au Pérou, au Costa Rica, au Kenya ou aux Philippines, nous avons des fermes d’élevage où des éleveurs spécialisés, formés par nos soins, les prennent en charge. Chaque semaine, nous recevons un arrivage de 600 à 700 chrysalides. Pour maintenir un environnement favorable à leur développement, les conditions climatiques tropicales de ces pays sont reproduites, en chauffant par exemple les serres pour maintenir une température à plus de 25 degrés.
Les espèces que vous accueillez changent au fil des saisons. Que peut-on retrouver cet été ? Parmi les nouveaux arrivants, on trouve le Morpho peleides et ses ailes bleues, le Caligo eurilochus et l’Attacus atlas, le plus grand papillon au monde (jusqu’à 30 centimètres d’envergure, NDLR). Une partie d’entre eux est déjà arrivée, le reste sera acheminé en juillet et en août. Le thème du Jardin étant « Papillons et fleurs, une féérie de couleurs », c’est un véritable voyage au milieu d’hibiscus, d’impatiences, de lantana ou de Lys des Incas.
Proposez-vous des visites guidées ? Sur demande uniquement, car il y a assez d’indications le long du circuit pour qu’il se fasse en autonomie. Des panneaux pédagogiques en français, anglais et allemand et des bornes vidéo renseignent le visiteur sur la vie des animaux dans la nature, leur disparition, etc. Nous proposons aussi de la réalité augmentée : le public télécharge l’application wow.ink, flashe un code sur les supports et découvre tout un contenu supplémentaire avec des anecdotes ou des conseils pour développer la présence des papillons et insectes polinisateurs dans leurs jardins.
Un espace artistique se trouve aussi sur place… Ma femme expose en effet ses tableaux, riches en couleurs, qui rappellent bien sûr les papillons et la nature.