L’illustrateur Jean-André Deledda développe Burginzepocket, projet numérique permettant de voir à quoi ressemblaient quatre châteaux alsaciens à l’époque de leur construction.
Voilà presque dix ans que Jean-André Deledda et son équipe travaillent sur les ZOOMelles et le PériZCOPE, applications gratuites et pédagogiques visant à modéliser, en 3D, des châteaux forts de la Communauté de communes de Barr. Spesbourg, Haut-Andlau, Bernstein et Landsberg sont dans leur viseur. « Elles s’inscrivent dans une démarche ludique, aussi bien à destination des enfants que d’adultes cherchant plus de précisions historiques », renseigne le président de l’association à l’origine du programme. Grâce à la photogrammétrie, une technique de mesure basée sur des prises de vue réelles réalisées avec des drones, les quatre bâtiments partiellement en ruines ont pu être remodelés numériquement, afin de se rapprocher le plus possible de leur apparence aux XIIIe et XVIesiècles. « Depuis quatre ou cinq ans, nous sommes notamment en contact avec Jean-Michel Rudrauf et Georges Bischoff,archéologue et historien spécialistes du sujet », ajoute Jean-André Deledda. « Cela nous permet d’être le plus précis possible dans nos reconstitutions. C’est la raison pour laquelle nous collaborons aussi avec les associations de restauration et sauvegarde des châteaux. »
Plongée dans le passé Le mois de mai devrait voir le lancement du dispositif des ZOOMelles. « Le but est de lier les quatre structures entre elles », explique l’ancien étudiant en Arts décoratifs. « Les ZOOMelles s’activent en scannant un QR Code, sur son smartphone. Ensuite, il suffit de le pointer sur la ruine, puis de se laisser guider. » Le concept se veut également multilingue : français, alsacien, allemand et anglais. Quant au PériZSCOPE, il révèlera les pièces intérieures et extérieures des fortifications, à travers des vidéos explicatives. « Tout le monde ne le sait pas forcément, mais à l’époque, une partie du mur d’enceinte du Spesbourg abritait un pont-levis. C’est en regardant la forme des pierres et la façon dont elles ont été taillées que l’on peut le deviner. » Les restes de cheminées contre les parois renseignent aussi sur la présence d’étages, tout comme l’existence d’une cuisine d’antan et l’empreinte d’un incendie particulièrement puissant dans un coin supérieur. « Nous travaillons encore sur cette appli. Pour l’instant, seul le prototype du Spesbourg a été conçu. Lorsqu’elle sera prête, le public pourra par exemple découvrir que l’une des deux tours du château d’Andlau servait de citerne à eau. Ce sont des anecdotes que l’on souhaite mettre en avant, afin de rendre cette architecture encore plus compréhensible. »
Un dernier pour la route Enfin, la création d’un jeu mettant en scène des personnages historiques est à l’étude. Gertrude von Dabo, Konrad von Vinhege, Eberhard d’Andlau et Walter von Dicka, seigneurs rattachés respectivement au Bernstein, au Landsberg, au Haut-Andlau et au Spesbourg, interagiront ensemble pour combattre l’influence du sinistre chevalier Hans von Trotha, en quête de pouvoir. « Nous sommes en discussion avec un concepteur de jeu vidéo dans le but de voir ce qu’il est possible de faire. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au début ! », sourit-il.
Face à ce projet ambitieux, Burginzepocket peine toutefois à réunir le budget pour le financer. « Pour être tranquilles, il nous faudrait une enveloppe d’environ 60 000 € », conclut Jean-André Deledda. Bien que l’association du Spesbourg et le Crams, (Centre de recherches archéologiques et médiévales de Saverne) soutiennent son équipe, cette dernière s’autofinance presque entièrement. À ce titre, elle commercialise La cuvée des 4 châteaux, série de vins collector créée en collaboration avec le Domaine André Dolder (Mittelbergheim, 12 € la bouteille).
Le Suisse Nuit Incolore continue de briller sur la scène francophone. Fort d’un premier album éclectique, le voilà en pleine tournée.
Un album et un NRJ Music Award plus tard, Théo Marclay, alias Nuit Incolore, a aussi concouru aux Victoires de la musique 2024, dans la catégorie Révélation francophone de l’année. Si ce sacre lui a échappé, le jeune chanteur a toutefois déjà trouvé sa place dans l’univers musical transfrontalier, en tout juste deux ans. Entre emo-pop et hip-hop mélancolique, La Loi du papillon, son premier opus, explore son passage de l’ombre à la lumière. « J’avais deux mois pour le créer », se souvient-il avec un sourire dans la voix. « Je me suis retrouvé à écrire dans le train, en allant à Marseille, en voyageant en avion au Japon et pendant mes trajets en Suisse. Le projet a évolué avec moi, il est allé partout, ce qui me semble cohérent avec ce thème de l’évolution. » Parmi 16 titres – tous en français, une façon « d’être compris par [ses] grands-parents et de ne pas se retrouver loin des gens » –, trois d’entre eux sont co-écrits et performés en duo. Bêtes noires, Paradoxe et Rendez-vous sont ainsi partagés avec Tsew the Kid, Mentissa et le groupe Kyo. « Au début, j’avais très peur de travailler avec eux », confie le jeune homme de 22 ans. « Je savais que je ne voulais pas travailler seul, mais je craignais de ne pas être à la hauteur. Finalement, je me suis rendu compte que ces échanges m’ont permis de m’ouvrir à d’autres avis musicaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce sont les chansons de l’album que je préfère, d’autant qu’elles appartiennent à trois styles bien différents. »
« J’attire la foudre j’attire les bêtes noires/ Ça m’emprisonne bien loin de toi », reprend-il dans le très rock Bêtes noires, morceau hip-hop teinté de désespoir et de pessimisme. « Tout a une fin », analyse-t-il. « La carrière d’un artiste est éphémère, il faut savoir en profiter sans se perdre, en gardant les pieds ancrés dans le sol. Paradoxalement, le piège est également de ne pas en redemander assez. » A contrario, le violon et le piano posés sur Paradoxe apportent une esthétique plus tendre et pop à l’ensemble. « Mentissa et moi avons tous les deux été adoptés, nous ne connaissons pas nos origines. Lorsque j’ai su que nous travaillerions ensemble, j’ai tout de suite voulu faire quelque chose de doux. » Quant au duo pop-rock avec Kyo, la thématique du suicide y est abordée : « Je compte les secondes, le doigt sur la détente / Je n’appuierai jamais, je pleure ceux qui l’ont fait ». « Travailler avec Benoît Poher et son groupe a vraiment été le gâteau sur la cerise ! », lance l’artiste. « Je me rappelle du jour où mon éditrice est venue me voir, me disant que Kyo m’appréciait. Je n’y croyais pas. Nous nous sommes ensuite rencontrés dans un bar parisien, puis la collaboration a pris forme. »
Au Moloco (Audincourt) vendredi 22 mars, à La Vapeur (Dijon) samedi 23 mars, à L’Autre Canal (Nancy) mercredi 27 mars, à la BAM (Metz) mercredi 3 mai et au Bœuf sur le Toit (Lons-le-Saunier) jeudi 4 mai
Cherchant à promouvoir la danse sous toutes ses formes et à la rendre accessible au plus grand nombre, le festival Décadanse revient pour une troisième édition dans les relais culturels des Scènes du Nord. Sophie André, directrice de La castine (Reichshoffen), présente le programme.
Cette année, des ateliers et bord plateau font leur apparition dans le festival Décadanse. En quoi consistent-ils ?
La castine accueille effectivement un rendez-vous qui s’appuie sur Les Joues roses, le spectacle présenté par notre structure. En quelques mots, cette proposition étudie le thème de la transmission, en particulier d’une mère à une autre mère. Pour l’illustrer, les deux danseuses présentes sur scène utilisent des poupées russes, les déboitant au fur et à mesure, jusqu’à atteindre la plus petite d’entre elles. Les comédiennes changent aussi de costumes au fil de la représentation, dans un jeu de lumières très doux et poétique. Nous avons voulu garder cette atmosphère en proposant un atelier parent-enfant, afin d’explorer encore plus en détails la relation entre la danse et les personnes.
La Compagnie EZ3, déjà à l’affiche l’année dernière, est de retour… et pour encore un moment !
Oui, leur résidence devait s’achever cette année, mais les artistes sont finalement reconduits pour trois ans supplémentaires. Ils rejouent leur pièce contemporaine Heres : Nel nome del figlio, s’appuyant toujours sur la participation de danseurs amateurs. L’union entre chorégraphie et musique est une façon d’amener le public à s’intéresser à la danse. L’œuvre de cette compagnie inclut justement des percussions, afin d’examiner, cette fois, les relations père-fils.
La filiation semble au cœur de cette nouvelle édition. Est-ce une coïncidence ?
C’est assez drôle, car nous avons réalisé qu’un certain fil rouge se dégageait des tableaux que nous avons choisis. Pourtant, cela a vraiment été un pur hasard ! Qu’il s’agisse de la MAC de Bischwiller, de l’Espace Rohan à Saverne, de La Saline à Soultz-sous-Forêts, du Relais culturel de Haguenau ou de La castine, nous avons fait notre sélection chacun de notre côté. Cette année, exceptionnellement, il manque les spectacles du Relais culturel de Wissembourg, qui ont dû être annulés.
La programmation n’en reste pas moins riche et diversifiée.
Effectivement, et c’est un des critères du festival. Le but est vraiment d’essayer d’intéresser les gens en mélangeant les genres. Dividus est par exemple davantage destiné aux adultes. Il met également en scène sept danseurs, donc il existe cet aspect de groupe qui, à mon sens, est plutôt attrayant. Rock it Daddy plonge dans une énergie folle, alliant hip-hop et danse urbaine avec brio. Giselle, pour sa part, est un ballet sur grand écran. Quant à Deux riens, il s’attarde sur des mimes clownesques. On fait le grand écart avec ces huit spectacles, et c’est le but.
En France, voilà une tradition gourmande vivace ! Qu’elle soit à la frangipane, au chocolat ou à la pomme, la galette des rois se réinvente tout en traversant les générations.
D’où vient la galette des rois ? Il y a bien longtemps, dans une culture lointaine, très lointaine, existaient les Saturnales. Prenant place entre fin décembre et début janvier, cette fête de l’Antiquité romaine rendait hommage à Saturne, dieu du temps. Pour l’occasion, un esclave se voyait désigné « roi d’un jour » grâce à un petit jeton, caché dans un gâteau. Pendant 24 heures, il pouvait réaliser tous ses désirs. Afin d’éviter toute tricherie, un enfant, symbole par excellence de l’innocence et de la pureté, se faufilait sous la table et attribuait les parts au hasard. Ce n’est qu’aux alentours du IIe siècle que cette célébration se voit rattachée au christianisme (Épiphanie) et aux légendaires Rois mages. Au Moyen-Âge, on raconte même que la personne tombant sur la fève devait payer une tournée générale à l’assemblée. Une coutume que certains contournaient aisément en avalant la fève, jusqu’alors comestible. Depuis, elle est conçue en porcelaine.
Quant aux origines de la frangipane, elles sont multiples. L’une des histoires les plus répandues demeure celle du comte italien Cesare Frangipani, qui aurait offert cette recette comme cadeau de mariage lors de l’union de Catherine de Médicis et Henri II, en 1533. Brièvement disparue au cours de la Révolution française, la tradition ne tarde pas à revenir après. De nos jours, elle représente majoritairement un moment de partage… et de gourmandise !
À 27 ans, Thomas Loeffler, alias The Chef Tomy, publie des recettes vegan sur les réseaux sociaux et multiplie les projets. Rencontre.
C’est entre 2019 et 2021, en parallèle de son Master en commerce international en Colombie, que Thomas Loeffler décide de suivre une formation en cuisine végétale. S’il aime se retrouver derrière les fourneaux depuis son enfance, la passion démarre vraiment à cet instant. « J’ai commencé à faire des pâtisseries françaises, type éclairs et choux à la crème, et peu à peu, les Colombiens ont voulu en acheter », sourit-il. À la fin de ses études, il ne se voit toutefois pas ouvrir une boutique en Amérique latine. De retour en France, il autoédite plusieurs e-books et se lance peu à peu sur les réseaux. Aujourd’hui, presque 500 000 personnes suivent ses aventures culinaires sur Instagram, et 243 000 sur TikTok. Il y a quelques mois, il a également sorti son premier livre papier, Petits plats vegan avec The Chef Tomy (10,90 €, paru aux éditions Marabout), réunissant 30 fiches recettes proposant des alternatives à la viande, avec des produits principalement locaux et de saison.
Le wellington végétal figure par exemple entre ses pages. En remplacement de la viande de bœuf initialement utilisée, Thomas opte pour un assortiment de lentilles et de noix. Des aliments riches en vitamines, idéaux pour se préparer à l’hiver. D’ailleurs, pour faire le plein d’énergie en prévision de cette saison, le jeune homme propose un repas aux petits oignons. En entrée, « une soupe de courge de butternut, ou de potimarron, car ce sont des légumes remplis de nutriments. Pour le plat, on retrouve le wellington en pièce centrale, accompagné d’un gratin dauphinois composé de chou-fleur, brocolis et choux de Bruxelles. » Quant au dessert, la question ne semble même pas se poser : « Une tarte tatin ! », assure-t-il sans détour. « On peut garder les pommes assez longtemps, ce qui est bien pratique. »
Parmi les projets que le chef a sur le feu, le développement de cours de cuisine est en ligne de mire. Une première expérience en collaboration avec la Fondation GoodPlanet, sensibilisant les publics aux enjeux environnementaux, lui a permis de diriger des ateliers auprès d’adultes et de familles. « C’était génial de me retrouver au contact d’enfants et de personnes curieuses de ma cuisine », confie-t-il. « À l’avenir, pourquoi ne pas intervenir lors d’événements ou dans des écoles, ça peut être sympa ! » Un deuxième ouvrage est également prévu l’année prochaine. Il se concentrera cette fois-ci sur l’alimentation végétale, dans le cadre d’un régime sportif.