Interview à quatre mains de Pierre JAKUBOWICZ, l’adjoint à la culture de la Ville de Strasbourg et de Rebecca BREITMAN, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de l’action culturelle, du cinéma, de l’audiovisuel et du numérique, comme de la participation citoyenne et du débat public.
Les deux élus nous ont confié, quelques jours après leurs investitures, les premiers axes d’une politique culturelle ambitieuse convoquant à et pour Strasbourg un rayonnement auquel nous n’avions plus goûté depuis de nombreuses années. # Propos recueillis par la rédaction de Spectacles
Comment voyez-vous la politique culturelle strasbourgeoise, alors même que Catherine TRAUTMANN a annoncé qu’il allait falloir faire plus avec moins ?
Catherine Trautmann a fait de la culture l’un des deux piliers de son projet politique pour remettre Strasbourg en mouvement, pour refaire ville ensemble. La culture est un enjeu de vivre ensemble, de cohésion des quartiers mais aussi de rayonnement et d’attractivité pour Strasbourg. Cette vision pour la politique culturelle, c’est ce que nous voulons construire avec Catherine Trautmann, avec des fondamentaux puissants et des défis importants. Nous avons un tissu professionnel et associatif vivant, une diversité d’acteurs et d’atouts exceptionnelle. L’enjeu est de les soutenir intelligemment. Nous voulons construire, avec les acteurs culturels, une feuille de route partagée sur l’ensemble de ces pans de l’action culturelle pour retrouver une vraie ambition et une vraie vision pour la culture dans notre ville, après un mandat où elle a été malmenée et où elle a servi de variable d’ajustement. Il y a un besoin d’écoute, de volonté politique, d’intelligence collective et, bien sûr, de moyens. Pour nous, la culture ne sera pas une variable d’ajustement. C’est l’un des principaux budgets de la Ville, cela montre à quel point cette politique est au cœur de l’ADN de Strasbourg.
Pierre JAKUBOWICZ, quelles sont les principales manifestations sur lesquelles vous souhaitez travailler pour redonner de l’attractivité à la ville ?
Le paysage culturel strasbourgeois est d’une richesse et d’une diversité incroyables. C’est une chance et une force pour Strasbourg. Nous voulons renforcer ces atouts. Notre vision et notre stratégie se déclineront à tous les niveaux : les grandes institutions à rayonnement international et national, les festivals mais aussi l’ensemble des acteurs culturels de quartier et acteurs amateurs. Nous initierons de nouvelles initiatives comme les journées enchantées et agirons également sur nos musées, sur la dimension culturelle de notre statut de capitale européenne. L’un des grands dossiers de ce mandat sera évidemment l’Opéra national du Rhin, qui fait rayonner notre ville comme en témoigne son élection comme « Meilleur opéra au monde » par un magazine spécialisé en 2019. Nous sommes confrontés à un enjeu majeur qui est la transformation du bâtiment, tout en préservant l’excellence de l’institution. Nous avons beaucoup travaillé sur ce dossier dans le précédent mandat et je souhaite le conduire, auprès de la Maire, avec responsabilité et détermination, avec comme première boussole de préserver notre Opéra et notre ballet, l’ensemble de ses artistes et personnels et de construire le meilleur pour leur public.

Pierre JAKUBOWICZ © Patrick GAILLARDIN
Pierre JAKUBOWICZ : est-il possible de créer une véritable dynamique économique autour de la Culture ? Est-ce que les structures culturelles disposeront des outils nécessaires pour aller chercher des financements qui commencent à manquer ?
Je ne me pose pas la question de savoir si cela est possible. Pour moi, c’est essentiel. La culture est un outil puissant de rayonnement et d’attractivité, y compris économique pour notre ville. La culture est un vecteur de croissance et de création de richesse. Nous avons la chance d’avoir des fondamentaux importants qu’il faut pouvoir soutenir. Nous voulons faire de la culture un pilier de la dimension européenne de notre ville mais aussi de stratégie d’attractivité économique et touristique. Pour cela, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg doivent soutenir les acteurs et les filières, montrer le visage d’une métropole européenne créative, à la pointe de l’ambition culturelle. Nous avons aussi un vrai enjeu autour des industries culturelles et créatives. De nombreux acteurs à Strasbourg innovent et proposent des choses, ils doivent être accompagnés par la collectivité et pouvoir développer leur talent, y compris en dehors de Strasbourg. Nous accueillons des fleurons sur notre territoire, sachons les valoriser ! Je souhaite renforcer l’accompagnement et les stratégies de mécénat et de financement, y compris européen, développer les relations entre acteurs culturels et acteurs économiques pour une émulation créative, que la Ville et l’Eurométropole servent d’intermédiaire, de liant entre ces acteurs pour susciter une réussite collective qui aura des retombées sur tout le territoire.
Rebecca BREITMAN, quels sont vos projets pour renforcer la place du cinéma et de l’audiovisuel à Strasbourg, à la fois comme filière économique et comme levier d’attractivité et de participation citoyenne ?
L’Eurométropole de Strasbourg dispose déjà d’outils solides, qu’il faut aujourd’hui consolider et rendre plus lisibles. Je pense notamment au fonds de soutien à la production audiovisuelle, à l’aide au concept ainsi qu’au bureau d’accueil des tournages, qui jouent un rôle structurant pour la filière. Ma priorité est d’en améliorer l’efficacité : simplifier les dispositifs, renforcer l’accompagnement des auteurs et producteurs dès l’amont et mieux articuler nos interventions avec celles de la Région et de nos par- tenaires transfrontaliers, notamment dans le cadre de dynamiques comme CinEuro. Ces synergies sont essentielles pour les créateurs et pour rendre nos actions efficaces. Nous devons également amplifier l’accueil des tournages en facilitant les démarches et en mobilisant davantage les ressources locales, afin d’augmenter les retombées économiques pour le territoire. C’est aussi un enjeu de rayonnement culturel pour Strasbourg et son Eurométropole. Enfin, je souhaite inscrire pleinement l’audiovisuel dans nos politiques de participation citoyenne et de numériques, en soutenant les nouvelles écritures et en développant des actions de diffusion accessibles aux habitants. L’enjeu est de faire de Strasbourg un territoire de création, mais aussi de partage et d’innovation.
L’Eurométropole et la Ville de Strasbourg sont Capitale de l’Eurodistrict, de l’Alsace, de la Région, Européenne, allez-vous travailler à construire un maillage avec des entités régionales pour affirmer ce statut ?
L’Eurométropole de Strasbourg est un carrefour historique d’idées, de cultures et d’identités, au cœur d’un espace transfrontalier et régional dynamique. Ma priorité est de renforcer les coopérations avec les 33 communes qui la composent, la Région et nos partenaires du Rhin supérieur, afin de faire circuler projets, artistes et publics. Cet ancrage nourrit notre vocation européenne : capitale des droits de l’Homme, Strasbourg doit défendre la liberté d’expression et affirmer sa tradition d’accueil des artistes. Nous sommes autant une terre de création que d’innovation et avons vocation à travailler davantage avec nos voisins, comme en témoigne la réussite d’Arte, fruit d’un partenariat franco-allemand qui a fait ses preuves.

Rebecca BREITMAN © Patrick GAILLARDIN
Rebecca BREITMAN : comment allez-vous travailler avec Pierre JAKUBOWICZ afin de développer vos portefeuilles, de l’accueil de tournage, à la participation citoyenne et à l’action culturelle ?
Nous nous connaissons très bien et avons beaucoup travaillé ensemble sous le précédent mandat, ce qui facilitera le travail entre les deux niveaux de collectivité. C’est important d’avoir un point d’entrée identifiable et fiable, tout comme un dialogue simple et efficace pour nos partenaires. Notre méthode reposera sur une coordination étroite entre nos délégations, basée sur la feuille de route fixée par Catherine Trautmann, Maire et Présidente, mais aussi sur une concertation constante avec les acteurs culturels et les habitants. Le dialogue sera au cœur de notre action pour construire des politiques adaptées aux réalités du terrain. Nous croiserons les enjeux d’attractivité, de création et de participation afin de rendre l’action publique plus lisible, plus efficace et pleinement partagée.
À vous deux, quelle philosophie voulez-vous insuffler à votre action, au cours de la mandature à venir ?
La culture doit redevenir un facteur d’émancipation et d’évasion pour fédérer le plus grand nombre, notamment la jeunesse. Nous souhaitons que la culture rayonne dans l’ensemble des quartiers de Strasbourg et des communes de l’Eurométropole pour être accessible et à portée de chacun et chacune. Nous ne sommes pas dans l’opposition entre les formes et les formats culturels, nous souhaitons avoir de l’ambition pour la culture des pratiques amateurs jusqu’aux grandes maisons, chacune fait vivre la culture dans notre ville. Nous souhaitons porter une politique culturelle qui conjugue exigence, accessibilité et innovation. Dans un contexte budgétaire contraint, il faut être plus lisible, mieux coordonner nos actions et renforcer les coopérations. Mais nous devons aussi inscrire notre action dans le temps long, en accompagnant les mutations des pratiques culturelles et numériques. La culture doit être un moteur d’attractivité, de participation citoyenne et d’émancipation pour les générations à venir. La politique culturelle est un pilier du vivre ensemble, un pilier du progrès individuel et collectif, un pilier de l’attractivité et du rayonnement international de la Ville et de l’Eurométropole, nous partageons cette vue avec la Maire qui a été ministre de la Culture et qui est un soutien indéfectible de cette ambition.

